Au-delà du tapis : le blog

Yoga et patrimoine
Si je vous dis patrimoine, vous pensez d'abord capital financier ou héritage culturel ? Dans cet article, je vous invite à explorer la pratique du yoga sous l'angle du patrimoine culturel, matériel et immatériel.
À l’école, j’étais nulle en histoire (et je le suis toujours). Retenir tant de noms, dates, ça me gonflait. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait autant décortiquer le passé pour vivre le présent ; et ça me paraissait inutile pour envisager l’avenir, vu que par définition l’avenir est à venir. Je ne comprenais pas non plus pourquoi nous n’avions souvent qu’un seul point de vue et non une vision globale des événements ; le point de vue de l’autre « camp », le point de vue de l’autre. Et pourquoi nous n’étudiions que des guerres et conflits, plutôt que des exemples de tolérance et de vivre ensemble. Au fil des années, je n’ai pas été plus captivée, dès que j’ai été assez âgée pour constater qu’étudier le passé ne nous sert pas du tout à éviter de le répéter.
En revanche, les lieux rescapés des tréfonds de la mémoire me captivent. Arpenter les ruines d’un château médiéval envahi par les ronces, visiter des maisons antiques et y distinguer des restes de mosaïque, explorer d’anciens monuments civils ou industriels et imaginer la vie des personnes qui nous ont précédé.e.s. Et je suis toujours surprise par le contraste entre la quiétude actuelle de certains sites et leur passé militaire ou guerrier.
Maintenir ce patrimoine est un enjeu majeur : nous voyons qu’en temps de guerre, des attaquants détruisent spécifiquement des oeuvres d’art et des sites patrimoniaux. Une manière d’annihiler des populations, des communautés en effaçant les traces collectives qui les ont fondées et les rassemblent.
De mon point de vue, l’art et le patrimoine peuvent susciter les mêmes émotions que la pratique du yoga. (Le yoga lui-même est d’ailleurs inscrit depuis 2016 au registre du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.)
C’est pourquoi j’adore installer mon tapis dans des musées, sites culturels, patrimoniaux, historiques, etc. Et j’adore aussi vous y emmener ! Certes, le yoga n’a pas besoin du patrimoine pour être vécu, de même que le patrimoine n’a pas besoin du yoga pour être exploré.
Pour autant, les deux ensemble, c’est magique. Parce qu’il ne s’agit pas juste de poser son tapis de yoga pour pratiquer devant une oeuvre ou dans un monument, ce qui n’a à mon avis pas tellement d’intérêt. Mais bien de laisser vibrer l’un et l’autre à l’intérieur de soi, comme la synergie - et non la simple juxtaposition - des deux. Et c’est JCVD qui le dit le mieux :
« 1 + 1 = 1 (…) ou peut-être que 1 + 1 = 11, et ça c’est beau. »
Les points de synergie entre art / patrimoine et yoga :
- une trace mémorielle, issue des profondeurs de l’humanité : vestiges archéologiques du passé et lignées de transmission du yoga,
- une fédération collective qui transcende les différences, au-delà des techniques artistiques, styles et écoles de yoga,
- l’universalité : du local au mondial, de l’individu au collectif,
- une métamorphose constante : les oeuvres, vestiges et constructions évoluent au fil du temps, nos pratiques de yoga aussi : au fil des siècles comme au fil des âges de la vie.
Et puis… honorer le patrimoine et nos pratiques de yoga, c’est aussi honorer les oublié.e.s, les dominé.e.s : ouvriers, ouvrières, esclaves, qui ont dans de nombreux pays construit dans les larmes, la sueur et le sang, des édifices dont nous nous rappelons surtout le nom de l’architecte, trop souvent un plutôt que une architecte. Déposer notre tapis de yoga au coeur des lieux qu’ils ont bâtis, non pour piétiner leur mémoire, au contraire pour contribuer à la reconstruire. Pour que chacun.e aujourd'hui puisse se sentir légitime de dire "notre patrimoine" et non "leur patrimoine".
En exploration sur votre tapis de yoga : prenez un instant, en début ou fin de votre pratique, pour imaginer les générations de pratiquant.e.s et enseignant.e.s avant vous. Si vous le souhaitez, vous pouvez visualiser un immense tissage par-delà le temps et l'espace, qui naît en Inde et se déploie sur toute la planète et à travers toutes les époques.
Au-delà de votre tapis de yoga : installez-vous devant une oeuvre d'art, au coeur d'un monument ou d'un site que vous appréciez particulièrement. Ne vous préoccupez pas de connaissances techniques ou architecturales. Observez simplement les formes, les couleurs, les matériaux, les jeux d'ombre et de lumière. Observez là où ça résonne dans votre corps ; observez là où ça résonne dans votre coeur. Si vous le souhaitez, prenez une grande inspiration, puis une grande expiration, en imaginant une couleur qui se répand à l'intérieur de vous.
Image : yoga au musée de Belfort, Tour 41. Crédit : Lauriane Bernat pour les Musée(s) et Citadelle de Belfort